Dossier Harry Potter

Harry Potter
contre SAS
le Prince Eric

La vaste pièce du premier ne sait plus où caser les derniers Signe de Piste, jamboree et albums de Pierre Joubert. Le grand canapé et le profond fauteuil de cuir bleu ne demandent qu'à vous accueillir le temps de la lecture d'un de ces romans qui ont accompagné notre adolescence…
Je peux me tromper, mais à part Tintin, Papyrus (suite à un voyage en Egypte) et la Patrouille des Castors (grâce à tapir qui est toujours entrain de ronchonner ?), Bruno, mon plus grand, surnommé « gros matou » qui doit être la réincarnation du guide d'une de ces « fusées », ne lit que très peu ces romans et ne semble avoir qu'accepté « le chat tigre » et ses enquêtes.
Devinez ma stupeur un soir en montant me coucher de voir un rai de lumière filtrer sous sa porte de chambre, et le pensant endormi, d'entrouvrir doucement le battant… pour le trouver en train de dévorer un des cinq épais volumes d'un intrus dans les romans de jeunes, qui se nomme Harry Potter.
En y réfléchissant quelques jours plus tard, c'étaient les livres « à la mode » achetés en désespoir de cause pour son jeune frère Mathieu (l'apôtre évidemment avec un seul T), qui ne lit strictement jamais, sauf le journal de Mickey, et qui cette fois, ô miracle, avait lu les quatre tomes de la prose de Mme Rowling (la mère d'Harry).
C'est en revoyant un ou deux mois plus tard « mon gros matou » plongé à nouveau pour une relecture dans ses mêmes livres de chevet préférés que, le plus sérieusement du monde, et pour trouver une solution au dépoussiérage des nombreux volumes garnissant les multiples étagères de la bibliothèque, que je suis allé discuter et l'interviewer pour empêcher si possible, avec l'aide des auteurs du Signe de Piste, madame Rowling de continuer de tailler des croupières à eric, Christian et tous les héros de notre jeunesse encore à portée de mémoire.
L'occasion était rêvée, nous revenions du salon du livre à paris où nous avions rencontré Jean-Louis Foncine, Alain Gout et Jean Cueilleron dont nous avions acheté à ce dernier la saga qu'il nous avait chaudement recommandée comme adaptée à un jeune de seize ans… et par dessus le marché, dédicacée le plus personnellement du monde à sa Majesté Bruno Premier.
Peine perdue, ils ont traîné deux ou trois semaines au pied de son lit avant que magnanime, sa Majesté « Gros Matou Premier » ne fasse un legs à l'intention de la bibliothèque familiale en me laissant y déposer les quatre volumes, concurrents sans le savoir, du pâle et chétif Harry.
Pas tant que cela à bien y réfléchir…
Alors, je suis retourné frapper un soir à la porte de sa chambre où il n'était pas plongé dans une énième relecture du susdit Harry, et sa majesté a bien voulu abandonner son devoir d'Anglais. (je savais que l'A,nglais n'était pas sa « cup of tea »… devrais-je y voir déjà l'influence du dénommé Harry ?), donc, l'interview pu commencer.

- L'avocat de la famille Signe de Piste délaissée : Tes nouveaux bouquins de science-fiction du salon du livre n'ont qu'à peine été entamés, alors que tu n'a fait qu'une bouchée des volumineux tomes de « Harry Potter ». Qu'est-ce qui a fait ainsi la différence ?
- Bruno : Les SDP font trop « téléfilm », alors qu'Harry fait plus BD, tu es sûr que ce n'est pas réel, alors que les SDP font trop référence ou rappel à la réalité.
- L'avocat : Ne trouves-tu pas géniale la possibilité, dans les SDP, de pouvoir t'identifier à un héros de ton âge et de ton choix ?
- Bruno : SDP ne sort pas assez de l'ordinaire, on se l'imagine en feuilleton à la télé, classique au possible, prévisible en diable, et ce que l'action soit située dans un roman de notre époque ou dans l'après-guerre…
(Note du rédacteur : le regard de Bruno en dit plus long qu'un discours sur le temps des cathédrales !)
Et Bruno de continuer : « Tu vois…, avec Harry Potter, tu ignores d'une page sur l'autre ce qui va se passer, mais dans les SDP, tu sais tout de suite qui est le « méchant ».
- L'avocat : Et t'identifier à un héros… ?
- Bruno : Le héros SDP vu actuellement est trop débile… pardon, trop BCBG, il suit les règles, il est bon ou voleur… ! Non, j'aime la lecture car elle me permet de m'évader du train-train routinier et de rêver, alors, si c'est pour me replonger dans mes moments libres dans la vie de tous els jours, j'abandonne et choisis Harry Potter, car là, je sais que je vais être sorti de la vie ordinaire et de son quotidien.
- L'avocat : Le monde SDP serait trop réel ?
- Bruno : C'est d'abord le héros… Description de trois pages point par point de son physique, autant de pages pour son caractère, enfin, ouf ! ça y est, on peut commencer le livre. Vois-tu, Harry Potter, il ressemble à tout le monde, petit, genoux noueux, cheveux mal coiffés… (Bruno s'était arrêté…)

Et là, (l'avocat de la famille SDP délaissée), je me suis souvenu du Petit Prince, celui de Saint-Exupéry, non de son Altesse Sérénissime des œuvres de Dalens, là ou le Petit Prince fond en larme en essayent d'expliquer pourquoi une malheureuse rose lui est plus importante que n'importe quoi… Ce n'importe quoi qui peut-être fait par trop référence à cette pensée unique du monde des adultes… tiens, tiens, n'y aurait-il pas une idée à creuser ?

Et Bruno de continuer…
- Tu vois, le héros dans les SDP, il est trop parfait : comment veux-tu qu'on lui ressemble ? On a du mal à s'y identifier… Alors qu'Harry, on ne sait jamais comment il va réagir, au contraire des SDP où on sait toujours… Imagine-toi que même le directeur de l'école des sorciers déconne lui aussi !!!
« Les scouts… oui, ils sont sympas, mais s'ils font des bêtises, ça ne va pas plus loin, ils ne déconnent pas réellement.
«  Tu sais, Harry Potter, il est imprévisible, il n'est pas parfait, comme moi, il pourrait me ressembler. Imagine-toi que sa famille est même infréquentable, on parle du « fils » Potter.
« Et puis tu sais, j'aime les effets de mystère, le hibou au matin, j'aime bien que ses vêtements soient trop larges, ses lunettes rafistolées avec du papier collant, et… une cicatrice en forme d'éclair sur le front, tu vois, il me ressemble un peu tout en différant mystérieusement de moi par cette cicatrice.
« Mais si je lis
Mission ADN, le héros est grand, élancé, cheveux châtains clair, coupé court, énergique et viril…, tu comprends bien, cela ne me ressemble guère… »

Je ne pouvais plus l'arrêter…
Vaincu par mon gros matou, en panne d'argument, je lui promis de transmettre le plus fidèlement possible son ressenti, en constatant qu'au pied de son lit traînait un Mik Fondal qui continuait d'avoir sa place avec Harry le petit sorcier dans ses rêves et ses lectures.

Patrice Cocqueel.

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