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« Ne demandez pas à Philippe Verdin pourquoi il a écrit un roman, il vous répondrait simplement que c'est pour rester fidèle à un rêve d'enfant. Lorsqu'on songe que ce garçon de 37 ans est prêtre catholique et moine dominicain, on s'étonne qu'il ait eu l'audace de s'aventurer dans le redoutable corral d'un genre naguère tenu mineur par les hommes d'Église. D'un homme qui a reçu les ordres sacrés et s'est fait frère prêcheur sur les traces de saint Dominique, certains auraient volontiers découvert un recueil de sermons, quelque étude biblique et un de ces volumes en vers comme savaient autrefois les fignoler les abbés lettrés.
A rebours des pessimistes qui se sont jetés dans l'illusion confusionniste des religions orientales, le frère Philippe, que les lecteurs du Figaro littéraire connaissent bien, aime trop le siècle dans lequel le Seigneur l'a fait naître pour se réfugier dans la nostalgie d'un bon vieux temps aussi inexistant que paralysant. C'est un pur produit de la génération Jean-Paul II. Il aime la littérature de sa date, il chérit la forme privilégiée de son temps : le roman. Adolescent, il admirait Michel Déon, Guy Dupré, Serge Dalens, Frédéric H. Fajardie. S'il publie, aujourd'hui, son premier roman, c'est davantage pour rester fidèle aux grands émois qui lui étreignaient le coeur à l'orée de son âge d'homme, que dans une perspective missionnaire.
Avis aux dévots et dévotes qui s'attendent à trouver dans le premier roman d'un jeune prêtre de grands tourments spirituels, une lutte sans fin entre la lumière et les ténèbres, les tourments d'âmes torturées par le Démon : La Grande tribu n'est pas une suite contemporaine aux Possédés, de Dostoïevski. C'est un «tribut» payé à l'enfance, le songe éveillé d'un homme qui sait qu'il faut rester fidèle aux grandes passions de l'adolescence, ou périr avant elle - du Bernanos dans le texte. L'histoire pleine de fraîcheur d'Olivier de Costres, un jeune aristocrate de 24 ans, qui aime les chevaux, la vénerie, les châteaux en province, les déjeuners de famille, les jolies femmes, les grand-messes à fanfares. Pour lui, comme pour ses cousins, la famille est un solide plot d'amarrage, une bouée de sauvetage dans toutes les tempêtes de la vie.
Mettant en scène sa «grande tribu», le frère Philippe ne répond-il pas, à sa manière, à Gide, en proclamant : «Familles, je vous aime !» L'affaire romanesque de notre bon moine commence tendrement, sans lenteur. Tout s'emballe au troisième chapitre, avec des pages dignes du meilleur Fajardie. Un groupe de tondus fascisants rêve alors de prendre le pouvoir. «Nous disposons de tout le matériel nécessaire : lance-roquettes, kalachnikovs, pistolets automatiques, munitions, engins tout-terrain, jumelles à infrarouges», se réjouissent les émules du Parti national. Héros d'un «Signe de piste» nouveau style, Olivier de Costres aura fort à faire pour les empêcher de parvenir à leur fin. En chemin, il découvrira l'amour dans les bras d'Anne-Caroline Bouchard, la fille d'un homme politique directement visé par les fascistes. Héroïsme pas mort. »
Sébastien Lapaque, Le Figaro, 30 septembre 2004.
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