Bernard Dufossé, un disciple de Pierre Joubert

Biblio-biographie

Bernard Dufossé a d'abord travaillé dans le secteur de la publicité. « Les affiches à réaliser, demander l'avis de tout l'atelier, l'un te disait de faire un fond rouge, l'autre un fond vert : ça m'a vite lassé ! ».
Il se lance ensuite dans la bande dessinée. Il travaille alors pour les revues « Fripounet », « J2 Magazine », « Formule 1 » et « Lisette » chez Fleurus, et pour « Record » et « Bayard presse » avec le personnage de Nathalie ou encore pour le « Journal de Mickey ».
Dès 1972, Dufossé publie dans plusieurs magazines africains : « Kouakou », « Calao »… Nombres de ces histoires seront reprises en albums chez Segedo.
Côté album, il sort neuf tomes de «Tarhn », un personnage de science-fiction, chez Glénat. « C'était la mode à l'époque, et La Guerre des étoiles faisait un carton. » Il adapte également en BD pour les éditions Hachette la célèbre série « Club des cinq ».
Pour le scoutisme, outre plusieurs ouvrages pédagogique, il met en scène la
Patrouille des Mouflons dans la revue « Scouts » et Pierre et la meute dans la revue « Louveteaux », pour les Scouts de France. Deux tomes des aventures de la Patrouille des Mouflons sont sortis en albums aux Presses d'Île de France, de même qu'une biographie de Baden Powell aux éditions du rameau.

Interview

Signe de Piste : Une biographie de Baden-Powell en BD, la série La patrouille des Mouflons, dessinateur pour les Scouts de France… Vous avez donc forcément été scout !
Bernard Dufossé : Bien entendu ! J'ai été louveteau et éclaireur à la 2ème puis à la 1ère Le Raincy, près de Paris, avant d'être routier. Ça a été des moments extraordinaires. Nous étions à l'époque une troupe « Raiders » et vivions des Aventures (avec un grand A) probablement impossibles aujourd'hui : camps dans la neige, traversées de rivières en hiver, grands jeux mémorables, aide aux personnes âgées, opérations Emmaüs, secours lors des inondations à Paris, etc…
J'ai fait une pause pour mon service militaire, puis je suis revenu comme chef de clan. Je me suis ensuite marié, avant de revenir des années plus tard comme illustrateur chez les Scouts de France.

Qu'est-ce que vos années scoutes vous ont apporté ?
Énormément bien sûr ! J'y ai trouvé une règle de vie, un idéal, une voie beaucoup plus grande, plus nette, des horizons beaucoup plus vastes que ceux qui n'ont jamais eu la chance d'être scout.
Aujourd'hui, quand on dit « scout », les gens se marrent. Mais ils ne savent pas ce qu'ils ont raté. J'ai gardé de nombreux contacts avec les scouts de ma troupe. On s'écrit, on se voit encore…

Vous dessinez depuis longtemps ?
Depuis toujours ! Quand on est tout petit, à la maison, on dessine. Puis durant les camps scouts… C'est un peu un virus, un tic. On se fait d'abord plaisir, puis on fait plaisir aux autres, et enfin on en fait son métier. Je ne m'arrête jamais de dessiner. Quand ce n'est pas pour le bouleau, c'est pour le plaisir. Comme disait Pierre Joubert : « Quand je suis fatigué de dessiner, je me repose en faisant un autre dessin ».

Pierre Joubert a lui aussi dessiné de nombreuses années pour les scouts, que ce soit pour la collection « Signe de Piste », pour les manuels ou la revue « Scouts ». C'est lui qui a en quelque sorte façonné la silhouette du scout moderne. Le connaissiez-vous ?
Bien sûr ! Pierre Joubert a vraiment été mon maître, mon idole en quelque sorte. Je l'ai rencontré chez lui, à Meudon, avant de me lancer dans la bande dessinée. Je lui avais apporté des croquis, des projets. Il m'a encouragé à continuer. Par la suite je l'ai retrouvé dans des Salons du livre, nous nous sommes invités.
Je l'ai su plus tard par l'intermédiaire d'une personne du Centre National : lorsque Joubert a vu mes dessins, il a dit « C'est bon, la relève est assurée ! ». Ça fait plaisir.

N'était-ce pas difficile de prendre sa succession ?
Au début, j'ai un peu copié Joubert. On ne construit pas de maison sans copier son maître. Puis j'ai acquis peu à peu mon propre style, qui a lui aussi collé au scoutisme.

© Bernard Dufossé

Vous avez animé pendant de nombreuses années la revue « Scouts » avec la patrouille des Mouflons. Comment est-elle née ?

L'idée existait déjà dans la revue. Mais ça ne marchait pas très bien. On m'a juste demandé de reprendre les personnages. Ça a été une véritable bouffée d'air frais. J'étais d'abord chargé de produire une double page par numéro. On me donnait une trame à suivre, quelques idées, et je proposais une maquette incorporant le maximum de gags. C'était complètement délirant. Je réalisais ensuite une esquisse au crayon, les uns et les autres réagissaient, je continuais, etc…
L'idée d'une bande dessinée m'est venue en 1991, lors du jamboree national. J'étais chargé de réaliser en direct une fresque grandeur nature. Lorsque j'ai vu le nombre de scouts qui restaient scotchés à me regarder dessiner, avec leurs chefs qui essayaient laborieusement de les en faire décoller, je me suis dit que ça valait peut-être le coup. J'ai alors sorti quelques feuilles de papier afin de faire signer tous les scouts intéressés. C'était en quelque sorte une pétition. Avec plusieurs milliers de signatures et la bienveillance du Commissaire Général, le projet a été lancé.

Vous aviez carte blanche ?
Pas tout à fait. J'avais une sorte de coach qui s'assurait que je collais bien à la pédagogie du mouvement. J'ai dû recommencer des illustrations. Par exemple, une patrouille en exploration passait sur un chemin surmonté d'une belle falaise. Il a fallu que je la supprime, pour ne pas que les parents des enfants qui liraient la BD croient que le scoutisme puisse être dangereux !!!

Vous avez aussi dessiné pour la revue des louveteaux…
C'était assez amusant. Le Centre National recherchait un dessinateur pour créer un personnage, un louveteau, un peu à la manière « Spirou ». Sous un pseudonyme, je leur ai alors envoyé des essais, en adoptant un style très différent du mien. Ma candidature a été retenue, et ils n'ont su que quelques temps plus tard que Jek et Bernard Dufossé ne faisaient qu'un !

Comment réalise-t-on une bande-dessinée ? Comment avez-vous travaillé pour Baden-Powell ?

Baden-Powell n'est pas un très bon exemple, car le scénario s'inspire de sa vie. Il n'est pas inventé. C'est d'abord Serge Saint-Michel, le scénariste qui a réécrit l'histoire. Puis a commencée la recherche de documentation : comment était la voiture de Baden-Powell, sa maison au Kenya, les uniformes de l'époque… Je fais ensuite des crayonnés, on en discute avec le scénariste, on modifie, puis je passe à l'encrage, et mon épouse se charge de la mise en couleurs. Nous avons travaillé une année sur cette bande-dessinée. En réalité, on passe sur une BD le temps qu'on veut, qu'on peut ou celui qu'on nous donne. Cela peut être très variable.

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir dessinateur ? Quelles études faut-il faire ?
Je ne suis plus sûr de le savoir. J'ai parfois vu des choses ahurissantes, des personnes se proclamer « dessinateur » d'un seul coup. En fait, il est utile de faire des essais, de créer son projet de BD, d'aller faire la tourner des éditeurs. Il n'y a pas de remède miracle. Il y a bien des écoles, mais j'ai l'impression que tout le monde en ressort en dessinant comme le prof. En fait, il faut du courage, de l'acharnement, du travail, de la persévérance, et aussi un peu de chance et de talent.
Autre chose utile : la documentation. J'ai une pièce entière consacrée à des revues que je découpe, à des photos ou à des objets : une pipe, une épée, un pistolet… Très important, aussi : un miroir pour faire les mimiques, les attitudes, les grimaces, etc…

Propos recueillis
par Eric Bargibant

Les reconnaissez-vous ?

Ces deux personnages vous disent quelque chose ? Rien de plus normal ! Interrogé à ce sujet, Bernard Dufossé s'explique : « Il s'agit d'un clin d'œil à Pierre Joubert, à Serge Dalens et à la collection Signe de Piste. Je me suis amusé à représenter Christian d'Ancourt et le prince Eric. Une sorte d'hommage à mon maître en  dessin, ainsi qu'au père d'un véritable mythe de la culture scoute. »
Seuls les initiés auront donc reconnu les deux héros du Signe de Piste dans les pages de la biographie en BD de Baden-Powell.

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